Faisons de l’industrie plastique le moteur de l’économie circulaire

Par contraste, le plastique est un matériau particulièrement facile à mettre en forme. Sa « plasticité » a grandement contribué à son succès. Aujourd’hui, alors que le plan de relance alloue 500 millions d’euros au fonds Économie circulaire de l’Ademe, c’est le secteur de la plasturgie dans son ensemble qui serait bien avisé de se remodeler pour embrasser les principes de l’économie circulaire. Un défi de taille qui n’en reste pas moins une opportunité en or. Le point de vue d’un fabricant d’emballages plastiques industriels et commerciaux.

On peut l’observer à travers les campagnes de « plastic bashing », le plastique est devenu le matériau symbole du tout jetable. Si l’inquiétude environnementale est tout à fait recevable, ce n’est certes pas le plastique en tant que tel qui pose problème, mais plutôt les lacunes de la gestion du cycle de vie de ses produits. A cet égard, il est essentiel de faire la différence entre les griefs contre le matériau et ceux qui concernent son usage et sa gestion. Rappelons que le plastique présente des avantages pour l’environnement : dans le secteur de l’emballage, par exemple, sa légèreté permet de réduire l’impact carbone des produits en allégeant le poids de la marchandise transportée alors que son étanchéité autorise la manipulation et le transport de matières dangereuses en toute sécurité pour l’environnement et la main d’œuvre.

Prendre le virage de l’économie circulaire

Curieusement, l’étymologie du plastique (latin plasticus, du grec plastikos) renvoie non pas à une matière mais à « ce qui est relatif au modelage ». Pas étonnant que les Grecs aient utilisé ce terme comme synonyme de sculpture. Or, les enjeux environnementaux et la pression réglementaire invitent aujourd’hui le secteur de la plasturgie à se réinventer, à se remodeler pour laisser de côté un modèle linéaire à bout de souffle et embrasser les principes de l’économie circulaire. C’est aussi une question de bon sens économique : la production mondiale de matières plastiques ne cesse de progresser (359 millions de tonnes en 2018 contre 1,5 millions de tonnes en 1950) alors même qu’elle dépend des stocks limités de pétrole et de gaz, deux énergies non-renouvelables dont le pic de production est passé depuis belle lurette. En somme, un autre modèle est possible et souhaitable. À cet égard, les mesures associées au plan de relance concernant la modernisation de la gestion des déchets, le recyclage des plastiques, l’incorporation de davantage de plastique recyclé, la favorisation du réemploi et la réduction des plastiques à usage unique sont autant de signaux positifs.

Cela dit, le défi est de taille et le temps nous est compté. La France s’est donnée un objectif ambitieux : 100% de plastiques recyclés en fin de vie d’ici 2025. Rappelons que ce chiffre n’atteignait que 26,2% en 2018 (*Plastics Europe). Cette promesse fait écho à la très probable entrée en vigueur d’une nouvelle REP (Responsabilité Elargie du Producteur), également en 2025, s’appliquant aux emballages non ménagers. Sans oublier le projet européen de taxe plastique visant à sanctionner les déchets d’emballages en plastiques non recyclés qui devrait être effectif dès le 1er janvier 2021. Les différents acteurs doivent donc agir et vite, car la filière a besoin d’être consolidée. Les éco-organismes, les règles d’écoconception et plus globalement l’ensemble des filières de recyclage des matières plastiques ont vocation à changer d’échelle. C’est toute la chaîne de valeur qui doit se mobiliser pour repenser l’activité et accompagner cette transformation de façon positive, en y jouant un rôle moteur.

La plasturgie a de la ressource

En tant que fabricant d’emballages plastiques industriels et commerciaux, nous avons une carte à jouer pour faire de notre industrie le premier levier du recyclage et de l’économie circulaire, et ce en agissant dès le stade de la conception. C’est à la source que se décide le destin des produits d’emballage : le type de matières plastiques utilisées, leur recyclabilité, leur durée de vie, la facilité ou non de la maintenance… Chez Agriplas, ce constat nous conduit à bouleverser la production de certains de nos produits phares en mariant écoconception et économie de la fonctionnalité. Nous développons actuellement un IBC « multiway » entièrement démontable pour faciliter la maintenance et le recyclage en fin de vie de chacune de ses pièces dans un souci d’économie circulaire. Avec ce produit, hautement résistant à la corrosion à poids plus faible grâce au soufflage (-25% par rapport aux IBC lourds sur le marché), doté de pièces détachées intégralement substituables, nous aspirons à allonger sa durée de vie (cinq ans contre quatre ans en moyenne pour cette famille de produits). Autrement dit, si la production des emballages plastiques reste notre cœur de métier, leur maintenance est bien devenue un enjeu capital, pour nous comme pour nos clients. Cela nous permet d’allonger la durée de vie des emballages et de réduire notre bilan carbone tout en explorant de nouveaux business models, en l’occurrence le passage de la vente d’un produit à celle d’un service.

Éco-organisons-nous

Des éco-organismes chargés de mettre en place les filières de recyclage des emballages industriels et commerciaux devraient voir le jour afin d’anticiper l’obligation réglementaire de 2025. On le comprend, un dialogue permanent avec ces acteurs est nécessaire pour construire ensemble les filières de demain. Chez Agriplas, nous menons ainsi une réflexion autour des boucles fermées de réutilisation. Celles-ci nous permettraient de garder la main sur la matière plastique, que l’on irait récupérer en fin de vie chez les clients de nos clients, afin d’en tirer le meilleur parti et éviter qu’elle finisse dans des centres de tri, dégradée car mélangée à d’autres matières.

C’est le sens de l’histoire : les fabricants d’emballages ont vocation à intégrer un maximum de matières premières recyclées dans leurs produits. Plus les boucles de recyclages seront efficientes, plus on se rapprochera d’une production constituée intégralement à base de matières recyclées. Cela dit, certains obstacles technologiques, réglementaires ou économiques interrogent les moyens mis en œuvre pour relever un tel défi. La plasturgie a l’ambition de devenir le moteur du recyclage et de l’économie circulaire en France. En a-t-elle les moyens ? De notre point de vue, celui d’un fabricant d’emballages industriels à base de PEHD, trois axes sont prioritaires.

D’abord un effort d’innovation accru pour améliorer le recyclage des matières plastiques. Pour ce faire, il faudrait mettre l’accent sur les recherches visant à mieux maîtriser le phénomène des migrations chimiques des emballages vers leur contenu et vice-versa. Il serait également important de soutenir la montée en gamme du recyclage mécanique, qui concerne 30-40% des plastiques utilisés pour faire des emballages. Une meilleure efficacité technologique permettrait en effet d’améliorer la finesse du granulé de sortie et la réutilisation de la matière en boucle courte. Dans le même temps, il est essentiel d’explorer d’autres alternatives : les potentialités du recyclage chimique, d’une part, celles des bioplastiques, d’autre part.

Ensuite, la volonté de garantir la compétitivité des matières premières recyclées et l’efficience des filières de recyclage. Premier impératif : décorréler le prix de la matière première recyclée du prix du baril de pétrole. Aujourd’hui, le prix de la matière première vierge issue du pétrole est inférieur à celui de la matière première recyclée, ce qui limite le développement des filières de recyclage et leur rentabilité. Deuxième objectif : une plus grande transparence et efficacité des filières de recyclage. Depuis la fermeture de l’exportation des déchets plastiques vers la Chine en 2017, la filière doit s’atteler à mieux maîtriser les zones de massification et à augmenter ses capacités de traitement.

Enfin, la levée des freins administratifs et réglementaires pour les industriels et les recycleurs. Il serait ainsi bienvenu d’assouplir l’obligation des tests sur les emballages utilisant de la matière première recyclée et sur les lots de matière première recyclée sachant que la qualité de cette dernière est bien plus homogène qu’il y a quelques années. Dans le même ordre d’idée, une évolution de la réglementation permettant l’homologation des emballages recyclés pour le transport des matières dangereuses ouvrirait la porte à des alternatives aux contenants en matière plastique vierge qui dominent actuellement ce marché.

Un cercle vertueux

Le passage d’une économie linéaire à une économie circulaire concerne tous les acteurs de la chaîne de valeur, des fabricants de plastique aux consommateurs finaux, en passant par les fabricants d’emballages, leurs clients et les Pouvoirs publics. Pour être à la hauteur de cette révolution copernicienne et devenir un acteur majeur de la transformation en cours, notre secteur doit se réinventer. A tous les niveaux chacun est et sera amené à faire des ajustements, repenser son activité, ses lignes de production ou ses critères d’achat. C’est dire l’importance de se parler et d’inclure le maximum d’acteurs dans la boucle pour coordonner nos efforts et faire en sorte que la conversion de la plasturgie aux principes de l’économie circulaire nous entraîne tous dans un cercle vertueux.