Recyclage, économie circulaire (et sens de l’histoire)

Récemment, de nombreux débats ont traversé l’espace public, pointant les limites réelles ou supposées du recyclage. Loin de nous l’idée d’en faire une solution miracle ou la réponse à tous les problèmes posés par la production de déchets, mais le recyclage n’en reste pas moins une étape stratégique pour la mise en place d’une véritable économie circulaire des emballages plastique. A condition d’actionner les bons leviers.

Dans son émission du 11 novembre dernier, « Déchets, la grande illusion », Cash Investigation déplore que tous les emballages plastiques ne soient pas encore recyclables. Dans le box des accusés : l’inefficacité du tri et l’absence d’homogénéité des plastiques qui complique la tâche des recycleurs. Elipso, l’association des entreprises de l’emballage plastique et souple, a immédiatement réagi rappelant que les fabricants d’emballages en plastique restent déterminés à atteindre 100 % d’emballages recyclés en 2025, conformément à leurs engagements. Et que les efforts pour parvenir à une vraie circularité des emballages concernent tous les acteurs de la chaîne, du fabricant au régénérateur, en passant par le collecteur.

L’inefficacité du tri dénoncé par Cash Investigation doit pourtant nous interroger sur la mise en place de filières efficaces. Et, comme le précise Elipso, attirer notre attention sur l’importance de l’écoconception, indispensable pour faciliter le tri et le recyclage. L’association cite, en passant, les résultats encourageants de la dernière enquête réalisée auprès de ses membres, en mai 2021 : 70 % de leurs emballages plastiques sont composés d’un seul matériau, ce qui les rend techniquement recyclables.  

Allonger la durée de vie des emballages

La mise en place d’une économie circulaire au sein de notre filière implique également que nous nous mobilisions afin d’allonger la durée de vie de nos emballages. Comment ? En favorisant la maintenance, la réparabilité, la solidité, la résistance au lavage et la réutilisation des produits dès leur conception. Plus un produit fera long feu, plus l’impact environnemental de sa production sera lissé dans le temps. D’où l’intérêt, par exemple, du recours à la technologie plasma. Celle-ci supprime les phénomènes de migration du contenu dans le contenant et vers l’extérieur, améliore la propriété barrière des emballages, renforce leur recyclabilité et facilite le lavage en faisant baisser la tension de surface de l’emballage et en favorisant l’écoulement des produits.

Imaginer des boucles de recyclage fermées

Tout emballage a une durée de vie limitée. C’est un principe de réalité. Charge à nous d’agir efficacement sur la phase de recyclage, en travaillant notamment sur la mise en place de boucles « fermées » ou « courtes » afin d’optimiser le cycle de vie du plastique. A titre d’exemple, Agriplas Sotralentz a investi dans une ligne de granulation de paillettes de plastiques recyclées qui nous permet 1) d’offrir aux recycleurs une solution de valorisation pour les déchets d’emballages qu’ils collectent 2) de proposer à nos clients une offre de services « de l’emballage à l’emballage ». Avec cet investissement, nous nous inscrivons encore davantage dans la chaîne de valeur du recyclage et de la revalorisation. Cela nous permet également de dégager davantage de matière recyclée pour répondre aux besoins de nos clients qui auront, dès 2025, l’incitation d’utiliser du plastique recyclé dans leurs emballages sous peine d’avoir à régler une écocontribution plus élevée.

Alléger les contraintes réglementaires

Attention, on touche là un point sensible et malheureusement trop souvent absent du débat public : si 100 % des emballages étaient recyclés, trouverait-on suffisamment de débouchés pour cet afflux de matière recyclée ? Il faut dire que la réglementation ne nous facilite pas la tâche. Les fabricants d’emballages industriels et commerciaux sont soumis à diverses normes et réglementations pour produire des contenants servant au transport des matières dangereuses (détergents industriels, produits chimiques variés, etc.). Citons notamment l’Accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route (ADR) et la norme ISO 16103 qui spécifie les exigences et les méthodes d’essais relatives à la production des matériaux en plastique recyclé destinés à être utilisés dans les emballages pour le transport des marchandises dangereuses.

La conformité des emballages plastiques aux règles en vigueur est certifiée par des organismes indépendants, à travers des tests d’homologation (vieillissement, chute, pression hydraulique, résistance à l’empilement) qui permettent d’assurer la qualité et la sécurité des contenants mis sur le marché. Or, à l’heure actuelle, ces dispositions limitent très fortement la possibilité d’utiliser du plastique recyclé dans les emballages visant le transport de produits dangereux, car elles reposent sur l’idée que la matière plastique recyclée présente une qualité moindre par rapport au plastique vierge. C’était sans doute vrai il y a encore peu de temps, c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui et la filière est capable d’assurer une qualité homogène de la matière plastique recyclée.

Concrètement, les tests d’homologation imposés aux emballages incorporant de la matière plastique recyclée sont les mêmes que ceux auxquels sont soumis les emballages en plastique vierge mais le niveau d’exigence est beaucoup plus élevé. Ces exigences impliquent notamment des démarches d’assurance qualité strictes chez les fournisseurs, les fabricants d’emballages doivent quant à eux être audités régulièrement et contrôler chaque lot de matière plastique recyclée transformé (incluant des tests de densité, de traction et de fluidité). Autrement dit, une partie non négligeable du processus d’homologation est à reproduire pour chaque lot de 25 tonnes de matière plastique recyclée transformé (pour information nos 3 usines transforment collectivement près de 50 tonnes de PEHD par jour). C’est évidemment un coût important d’un point de vue humain et financier, que les efforts consentis par les recycleurs pour disposer d’une matière plastique recyclée de qualité homogène et stable ne justifient plus.

Pour mémoire, Valorplast (organisme à but non lucratif, émanation de Plastics Europe et d’Elipso dont la mission est d’accroitre le recyclage des déchets d’emballages industriels et commerciaux) estime à 1 200 kT, la quantité de déchets d’emballages industriels générée en France en 2019, dont 600 000 T de déchets d’emballages rigides, potentiellement destinés au transport de produits dangereux. Sur ces 600 000 T, seulement 100 000 T sont aujourd’hui recyclées.

Il ne saurait naturellement être question de soustraire les emballages en matière plastique recyclée aux procédures permettant d’assurer la sécurité des utilisateurs. Toutefois, compte tenu des progrès effectués dans le recyclage, des attentes citoyennes et de l’enjeu environnemental, toute simplification permettant une plus grande incorporation de matières premières recyclées dans les emballages utilisés pour le transport des matières dangereuses serait la bienvenue et permettrait d’accroitre la quantité de déchets plastiques recyclés.

La confluence des luttes

Ecoconception, efficacité du tri, mise en place de filières performantes, allongement de la durée de vie des emballages, levée de certains freins réglementaires… il y a certes encore beaucoup à faire mais de nombreux leviers existent pour relever ensemble le défi d’une vraie économie circulaire des plastiques.